année 1962

Accueil 
l'adhésion 
le début 
les seniors 
le stade Leclerc 
les cadets 
une recherche 
le livre d'or 
les liens 
nous écrire 

 

 

 

 

l'année du drame
 

Le tonnerre qui grondait et les éclairs qui tombaient partout, dans les villes et dans les campagnes (Stroungas, plastiquages).

Nous sommes tous rentrés en métropole parce que nous n’avions pas d’autre choix.

(Je suis parti sur un Bréguet-deux-ponts le 26 juin 1962). Maurice Faglin par exemple, qui ne s’est pas précipité dans le premier avion en partance pour Paris ou pour Marseille, qui a peut-être préféré attendre et voir comment la situation allait évoluer, eh bien notre Missou a été enlevé à la piscine de RUA.

Rien de surprenant puisque c’était dans l’ordre des choses. Sa libération tient du miracle et il en est bien conscient.

Pour Pierre Coquand, ce fut l’incompréhension. Un nuage noir est passé. Un nuage noir dans une vie éblouissante. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? 

Il n’avait plus rien à faire à Alger. Il aurait pu, à Nice, à Marseille ou à Paris, continuer à nous dispenser ses précieux conseils, à nous transmettre son savoir.

Les rapatriés que nous étions devenus, nous avions toujours besoin de lui. Il est resté là-bas.

En France métropolitaine, les exilés ont tout de suite tracé leur sillon. Il y avait bien du labeur pour tous les besogneux.

La France nous a vu « suer le burnous » et a vu notre réussite. Une réussite qui a mis très vite un point final aux critiques acerbes et injustifiées.

C’était la bonne époque.  Mais Pierre a choisi de nous oublier tous. Un jour, des amis français du Maroc m’ont informé que «mon» Coquand, en déplacement avec l’équipe algérienne à Casablanca, avait été hué. Le grand Pierre Coquand hué !

"" l'Amitié nouvelle", Pierre Coquand y avait cru et nous lui avions souhaité bien du plaisir.

Pour le gouvernement de l’époque, les Français qui allaient offrir leur aide à l'Algérie étaient surnommés des «coopérants». Nous, nous les appelions des«charognards» ou des «collaborateurs». Partout où nous nous retrouvions, sur la plage, dans les restaurants, les clubs, en famille, nous débattions du même sujet et nous allions d’invective en invective envers ceux qui trahissaient ou avaient trahi la cause des rapatriés.

Nous avions laissé nos maisons là-bas, nous vivions en HLM ici, mais nous n’avons jamais collaboré avec la dictature.

Beaucoup ne sont plus parmi nous aujourd’hui, hélas et je pense à mes parents décédés en 2004 à 93 ans. La place est propre.

Je suppose que la chute a été douloureuse pour lui qui avait eu tant et tant d’admirateurs. Et d’admiratrices ! Beau, sportif et célèbre, il a dû faire, au temps de l’Algérie française,  beaucoup d’envieux.

     Des mois, des années et des dizaines d’années ont dégringolé sur nos pauvres dos voûtés et nous sommes devenus indulgents. Je me dis parfois que, après tout, il n’a trahi personne. Il a accepté l’inacceptable. Il a terni son auréole, c’est tout.

Lorsque je me retourne sur le passé, je tremble. Je vois des rangs bien clairsemés. Combien d’anciens  sportifs de toutes les disciplines qui ont illuminés les stades et les salles d’Algérie de leurs corps bondissants, nous ont quittés parce que le temps qui passe est impitoyable.

     Et Pierre Coquand ? J’ai entendu sa voix sur France Info, j’ai vu ses photos sur des sites Internet. Un presque vieil homme, un vieil homme comme moi.

Ils ont assisté à notre départ. Certains étaient nos amis.D’autres nous ont appelés : « Ne partez pas, restez… » Dans les villes et les campagnes, les bandes armées ont eu raison des meilleures volontés.

 

La polémique n’a plus sa place après 43 ans d’exil. Laissons à nos enfants et petits-enfants les rêves de gloire, de puissance, de fortune.

Et penchons-nous sur nos manuscrits car nous avons beaucoup à raconter. N’est-ce pas Pierre ? Pierre que je tutoyais avec fierté à l’entraînement sur le stade Leclerc.

Monsieur Coquand que je voussoierai peut-être à présent en prenant une voix neutre. Peut-être me suis-je beaucoup assagi avec le grand âge ?

Pour finir, une question de deux de mes petits-enfants, Margot et Marceau :
-Papy Marc, raconte-nous, c’était comment, là-bas ?

Une image de la fin de l’Algérie française. A droite Gérard Stagliano, officier, photographié ici avec Zizou Bec, officier également et son passeur dans les grands matches. « Passeur», le travail ingrat et indispensable des volleyeurs.

Gérard a quitté Alger le 31 mai 1962 avec la femme de son jumeau Marc, enceinte de trois mois. Direction Cannes où ils avaient un oncle.


[Accueil][Accueil][l'adhésion][le début][les seniors][le stade Leclerc][les cadets][une recherche][le livre d'or][les liens][nous écrire]

Copyright (c) 2005-2007  " Deux @ ". Tous droits réservés.